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 CHANEL •• eyes wide shut

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admin • the black panther
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Messages : 62
Mort : Chute de tonneaux.
Fonction : Psychiatre.

Message  Sujet: CHANEL •• eyes wide shut
  Mar 14 Mai - 23:38



N°5
PSEUDONYME : Chanel pour le placement produit
NOMS : Amanda Mildred Vienn
PAYS : Liechtenstein, Liechtensteinoise
OCCUPATION : Apprentie vigneronne
VIE : 2/7/41 — 13/6/67 ; Vaduz — Vaduz
MORT : Chute dramatique d'une charrette de tonneaux de vin, écrasement latéral du corps, mort sur le coup
ÂGE : 26
ANCIENNETÉ : À vrai dire elle ne compte plus
ANCIEN TOTEM : Un bouchon de liège
EMPLOI : Psychiatre du 8clos pour vous servir (passer de la viticulture aux maladies mentales : this is how she fucking rolls)


im lichtkleid kam sie auf mich zu

« Chanel est l'exemple vivant qu'on peut rater sa vocation et rester digne.
...Oui enfin l'exemple mort. »


a blond belief beyond beyond beyond
no return no return
i'm deranged

bienvenue dans le psychostar show


Chanel est née dans une petite chaumière près du plus beau vignoble de Vaduz et décédée sous cent cinquante kilos de fûts d'une excellente cuvée, et c'est tout ce que vous devez savoir.

Chanel s'occupe du service psychiatrique du Huis Clos et le fait qu'Amanda Vienn ai été vendangeuse ne figure pas vraiment dans ses petits papiers.

Au temps du bon vin et des grappes de bonne humeur au poing, la dernière des Vienn, lignée de viticulteurs pour le compte de la famille royale, empoignait sa charrette pleine à craquer de fruits mauves. Ils étaient couverts de poussière, et la lumière les ocellait de taches tandis qu'elle roulait gaiement sous les hauts taillis. Pour s'amuser Amanda faisait le tour du domaine que labouraient à tour de bras ses frères. Elle avait un grand chapeau de paille et elle adorait ça. Ça lui donnait l'allure d'une dame, et on lui disait qu'encore un peu, et on la prenait pour l'une des jeunes filles en corsage de la gotha.
Elle avait 8 ans.

Le raisin débordait parfois des brouettes et des tonneaux et c'était la course dans le champ de rires. Celui tonitruant du père Vienn, le plus gros travailleur de sa génération, remettait les choses à leur place. Tout allait pour le mieux mais on aimait bien faire. Alors le zèle était toujours là. La fierté aussi, parce que même un peu abrutissante, la besogne était noble, et depuis la cueillette jusqu'à la compression pieds nus dans les cuves, toute la famille avait de grands discours intégristes qui leur débordait des lèvres.

Les petites billes étaient transparentes au soleil, et quand Amanda en brandissait une au-dessus de sa tête, elle regardait l'astre flamboyer à travers les millions de veinures lilas. C'était une sorte de prisme au goût âcre d'enfance et de sucre moisi. Le plus grand des frères, l'incapable, était déjà aviné au beau milieu de l'après midi, et Amanda faisait éclater entre ses doigts les raisins de la colère.

Ce sont les souvenirs violacés qu'elle a gardé de ses étés dans les coteaux liechtensteinois.

Amanda était une fille particulièrement bête en tous cas. Un peu hurleuse, bougonne, toujours tête de mule - si pas tête en l'air - et incapable de réfléchir à quoi que ce soit plus de cinq secondes ; et en plus de ça elle n'avait rien dans les bras. Amanda n'avait absolument pas l'étoffe d'une véritable vigneronne parce qu'elle pesait 20 kilos toute mouillée.

— Je serais la plus grande des vigneronnes !!

On la laissait dire et on lui confiait les corvées les plus faciles.
Elle ne bronchait qu'au début parce que son père avait tôt fait de lui mettre des raclées.

Toujours aussi bête après dix, quinze, vingt ans, elle n'allait pas à l'école et s'obstinait à accompagner les mâles dans les plantations. On la repoussait sans cesse mais elle ne cédait pas. On l'envoyait dans les ronces mais elle ne cédait pas. On l'attachait à un piquet mais elle ne cédait pas. On l'enfermait à double tour au fond d'un tonneau mais elle buvait tout le vin et ne cédait pas.

— Je serais - hips - la plus grande des vigneronnes !!!!

Elle voyait parfois complètement double. Mais même deux comme elles n'auraient pu déplacer autre chose qu'un chariot de fruits mûrs et couper cinq ou six rangées à la serpe.

Amanda se sentait humiliée, mise à l'écart et profondément inutile.
Elle préparait la table avec sa mère qui dans sa grande douceur tentait de la consoler, évidemment sans succès. Amanda cultivait sa rancœur puisqu'elle ne pouvait rien cultiver d'autre. Elle décida de s'instruire.

•••

Miss Vienn grandit à l'abri de la guerre et du besoin derrière les châteaux altiers et quelques livres, et mena une petite vie de prolétariat joyeux. Amanda devenait un peu moins sotte, et voulait toujours travailler à la vigne, mais elle devenait une femme, et il n'y avait nulle place pour les femmes dans les champs d'or et de nectar de Vaduz.

Elle redoubla de lectures. Son père ravi allait chercher pour elle en ville des chargements entiers de pavés dont il ne connaissait même pas les auteurs. Il pensait sans doute qu'il s'agissait de sorciers d'Orient qui trempaient d'immenses pans de papier dans du brou de noix magique, lui qui n'avait jamais appris à lire.
L'un de ces gros bouquins avait pour titre "De l'art de la psychiatrie".
Amanda le trouva profondément ennuyeux.

Et puis les livres ne faisaient pas décanter sa passion pour la viticulture.

Un jour la prestigieuse famille royale et le prince lui-même passèrent une énorme commande auprès des Vienn. C'était un banquet en l'honneur des épousailles de Hans-Adam II avec la comtesse Marie Aglaë Kinsky von Wchinitz und Tettau. Très tôt le matin Amanda prit la décision d'aller faire la livraison elle-même, avant tout le monde. Elle était largement en âge d'accomplir un exploit, un exploit sensationnel. Elle le sentait dans les battements ivres de ses tempes. Il seraient tellement épatés qu'ils la laisseraient faire les vendanges plutôt que la lessive, et peut-être même qu'elle aurait le droit de parler à table, pendant les repas !

— Je vais leur montrer à tous.

La montée jusqu'au parvis du château était la plus rude qu'elle ai jamais gravi. Elle suait sang et eau. Son père lui avait dit qu'on empruntait ce chemin noueux que pour les commandes capitales. L'énergie de la volonté suffirait pour monter, elle en était persuadée.

Seule à se démener contre son gargantuesque chargement, elle ne put voir la roue de bois percuter de tout son poids un énorme roc sur le passage. Dans cette même roue se prit la sangle qui liaient ensemble tous les tonneaux.

Elle entendit un effroyable craquement, crut voir une seconde tanguer la terre sous des roulis d'Enfer.
Elle n'avait pourtant jamais vu la mer.

Quelques secondes plus tard elle n'était plus là. Plus sur le chemin, ni à Vaduz, ni au Liechtenstein, ni même plongée dans un livre sur les comportements violents des aliénés en prison.
Elle était sur une civière.

Au-dessus d'elle ondoyaient les cheveux blonds d'un grand homme. Ca lui rappelait les épis de blé qui étouffaient parfois les vignes du domaine Vienn.
Elle se mit à vomir sur les chaussures de l'homme blond.





keep not your roses for my dead, cold brow

the way is lonely,
let me feel them now


— Vous souvenez-vous de la fois ou j'ai vomi sur vos chaussures ?

Comme à l'évidence le Dr. Martens ne lui répondait pas, elle attrapa son porte-documents estampillé Chanel et s'en alla en s'abstenant de soupirer. Ses hauts talons émettaient un claquement tout à fait particulier sur le sol du département chirurgie.

Chanel n'avait plus d'Amanda Vienn que cette expression profondément lunaire et ces cheveux paille, avec deux accroche-cœurs qui bougeaient comme des ailes de perdrix autour de sa tête. Après plusieurs années d'errance dans les corridors de ce qui devait être le purgatoire, avec un peu d'Enfer et juste assez de Paradis, Amanda crut mourir une seconde fois d'ennui.

Elle avait très étrangement assimilé sa mort, obsédée plutôt par le ridicule du procédé que par le fait lui-même. Elle avait après tout l'éternité pour y réfléchir. Mais pas besoin d'une éternité pour voir qu'elle s'était trompée, de son vivant, sur toute la ligne. Elle pris très vite assez de recul pour remettre à peu près toute sa personne en question. Côtoyer des spectres et des paumés comme elle la rendait folle de rage, plus encore lorsqu'elle les pressait de raconter leur histoire et leur époque. Elle se maudissait autant qu'il était possible pour un mort de se maudire. Vigneronne ? C'était l'ambition la plus débile du monde. Les midinettes qui se tranchaient les veines et tombaient comme des mouches au Huis Clos lui parlaient de marques de luxe, de Coco Chanel, de soieries, de parfums, et elle avait toute sa vie eu le nez dans des grains de raisin.

Elle regardait toujours la pénible petite boîte contenant son bouchon de liège avec un dégoût prononcé, et se lamentait de sa bêtise en en sentant la texture spongieuse sous ses doigts.
Elle pensait avec des remords atroces aux livres renversés sur le parquet sale de sa chambre. Elle aurait mieux fait de lire assez pour constater sa misère, puis de se barrer de cette bourgade pourrie, entourée de pochards, avec du vin médiocre, et de pitoyables champs de pissenlits.

— Bonjour, j'ai raté ma vie, j'aimerais prendre en main ma mort. Vous avez des places ?

Quand elle se présenta comme garçon au Huis Clos elle causa bien des ennuis à l'administration. Belphégor pesta sur son compte parce qu'elle ne trouvait aucun job qui lui plaisait. Balayer les couloirs pour l'éternité, très peu pour elle.

— Oh, j'ai lu un livre de psychiatrie une fois.


•••

Quand on essaye de trouver le bureau de Chanel, on tombe dans les gorges sans fond de l'hôtel. Les couloirs vous avalent et aucune signalétique n'est là pour guider vos pas désespérés. Vous n'avez pas trouvé de chambre ; vous ne trouverez pas d'accueillante plaquette « SEUL ET UNIQUE PSYCHIATRE DE L'HÔTEL. ENTREZ SANS FRAPPER ! ». En réalité, cette plaquette serait en cours de réalisation. Enfin c'est ce que Chanel assure du bout des lèvres, parcourant les étages comme un ectoplasme hanterait son tombeau, avec un air de médecin très occupé.

Mais personne ne sait ce que fout Chanel, ni même si elle l'est vraiment, occupée. Quant les clients par bonheur la trouvent et s'adressent à elle avec la détresse au fond de la voix, elle griffonne quelque chose sur un carnet toujours flambant neuf avant de sourire poliment, et de les prier d'attendre son retour parce qu'elle n'en a pas pour longtemps.

On sait juste qu'elle siffle parfois dans les allées et que telles les complaintes de Charon les notes de sa voix résonnent parfois dans le silence irisé.

— Un infarctus foudroyant ? Pauvre chéri. J'ai un cas d'attaque de crocodile, mais je reviens vous voir dès que le brûlé vif se calme.

Depuis qu'elle a rendu son totem et passé sa tenue de psychiatre, Chanel est une sorte d'oracle calme et posé. Plus de pensées terre-à-terre ni de penchants innés pour le cru 1920 de Vaduz : juste un mysticisme flottant, un désintérêt chronique de tout, une perte de sens commun et une écoute de l'autre apparemment quasi nulle.
Nous pourrions sans crainte appeler ceci une perte totale de contact avec la réalité ; pour peu qu'il y ait une réalité dans les entrailles de cet hôtel.

Chanel est une femme étrange dont on déplore l'ésotérisme, parce que sans ses délires excentriques et ses séances de spiritisme dans le Gueuloir elle serait une véritable psychiatre de talent. Il aurait mieux valut qu'elle n'apprenne pas de litanies mystiques, à tirer les cartes ou se servir d'un pendule.

Mais il ne faut pas vilipender trop vite sur le compte de Chanel. Elle écoute à demi-mots, mais ces mots prennent leur juste place dans ses cahiers d'études, et elle jette sur ses patients un regard comme un faisceau brillant.

Miss Chanel oublie qu'un jour elle n'a eu d'yeux que pour les vignobles aux parfums lourds comme des étés, pour les herbes hautes et mûres qui frémissaient sous la caresse de la serpe, pour les carrés de terre meuble déplacés par des mains claires, des doigts translucides où s'accrochaient des grappes de rêve. Lorsqu'elle soulève une coupe de vin, qui devient cendre passé la lisière des lèvres peintes de rouge furieux, elle songe aux boniments de son enfance et imagine les troubles psychomoteurs dont jadis son encéphale devait souffrir.

Elle se remémore des bribes de son livre, qui avait fini par servir à caler la table de rondins mal équarris dans la cuisine. Et puis ce qui n'était plus que des morceaux en gravitation dans ses pensées, elle allait l'enrober de matière nouvelle à la bibliothèque. Plus elle apprenait, plus elle contemplait et embrassait l'au-delà avec une sérénité de pythie. Ses pauvres parents ! Elle espérait qu'ils ne souffraient pas trop de la mort d'une benête incapable.

La joie de découvrir Freud et Frantz Fanon ou l'intégrale de l'analyse comportementaliste était comme une espèce de sève vanillée qui lui montait aux cervicales. Une joie que, vivante, elle aurait pris pour du désespoir de cause.



DJANGO
THE D IS SILENT



Comment t'es tu retrouvé dans ce huis clos ? tout a commencé au boba il y a 624 jours
Quelles sont les trois choses vivantes ou inanimées que tu emmènerais sur une île déserte ? THE TRIUMVIRATE
Artiste/groupe, couleur et plat préférés : massive attack, orange, cervelle d'agneau
Une chanson que tu aimes en remplaçant un mot par vasectomie : kick out the vasectomies
Une critique constructive sur Huis Clos ? je trouve que le staff est un peu limite
Pourquoi selon-vous les « ouvertures faciles » ne sont-elles pas faciles ? c'est toujours après avoir dépecé mon paquet de parmesan à la fourchette que je remarque la languette prévue à cet effet

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