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 Keep calm and paint mermaids ▬ Andy

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Message  Sujet: Keep calm and paint mermaids ▬ Andy
  Sam 18 Mai - 15:40

L’Artiste fixait le mur du fond avec cette intensité que seules les lunettes noires peuvent procurer. C’en est presque effrayant, le pouvoir que confèrent ces deux petits ronds de verre fumé, cette gravité et cette pression sans égale. On comprend mieux que les grands de ce monde et de celui d’après se plaisent tant à en porter. Un peu en arrière, Styx observait elle avec une intensité toute banale son ami doté de tant de prestance. Elle commençait à se demander si elle n’allait pas se procurer des lunettes de soleil. Etudiant avec ferveur la mode humaine et essayant comme elle pouvait de rester à jour, la femme se demandait si cet accessoire allait la placer au top de la distinction ou au contraire la ridiculiser totalement comme l’avait fait sa tentative de coupe afro il y a de ça quelques décennies. En désespoir de cause, elle décida d’arrêter d’y penser.

La pièce était lugubre dans son genre. Etouffante. Comme beaucoup de pièces sous-terraines et presque la totalité des pièces du Huis Clos, à la différence que celle-ci était particulièrement basse de plafond. La lumière y était sans doute tamisée à la base, aujourd’hui elle était juste fantomatique. Le sol de carrelage était terreux sans qu’on sache vraiment d’où elle pouvait bien provenir et des herbes filasses avaient réussi à pousser entre quelques carreaux. Contre un mur, des pots peintures de couleurs variées et absolument non-accordées s’entassaient sans ordre aucun. En plusieurs années de « travaux » cette pile était à peu près tout ce à quoi Andy et Styx étaient arrivés. A chaque nouveau pensionnaire qui demandait des nouvelles de l’avancement du chantier ils répondaient qu’il serait « bientôt terminé » mais ce mot prenait une telle dimension dans l’au-delà que ce « bientôt » n’en finissait pas de durer. Enfin, l’échéance se rapprochait néanmoins. Pas que Belphégor avait une patience limitée, mais tout de-même elle commençait à en avoir marre de voir deux incapables se tourner les pouces en contemplant l’écaille des murs. Il était temps que ça cesse.

Silencieuse comme toujours, Styx se glissa jusqu’au bord de la piscine sur lequel elle s’assit, laissant glisser ses jambes dans l’eau stagnante. Si la plupart des pensionnaires prenaient un air soucieux rien qu’en entrant dans la pièce, tous ou presque blêmissaient en apercevant le bassin en son centre. Le carrelage en était joli pourtant, délicat, avec des motifs marins. A croire que le verdoiement de l’eau était si insoutenable que ça. Saturé de mousses, algues et autres éléments végétales, le liquide s’était assombri au cours des siècles et grâce aux bons soins de Styx et de Mère Nature il n’était jamais retourné en arrière. Des algues à la longueur inimaginable s’élevaient depuis son fond soi-disant inexistant, venant chatouiller et s’enrouler autour des hypothétiques nageurs. D’autres plus courtes couvraient les parois, telles d’agréables coussins selon la femme, telles d’affreuses choses velues et sales selon les autres. Une vase épaisse s’y était mêlée et s’étendait un peu sur le carrelage alentour – le rendant glissant et dangereux – vous aspirant spongieusement et tendrement les pieds lorsque vous marchiez dedans. Styx adorait tout ça. Une main de verdure vint attraper une de ses chevilles, la tirant vers le fond, et elle s’en débarrassa en riant. Tout ça n’était que des déclarations d’amour des profondeurs marines. Elle releva la tête vers son Artiste d’ami.

« Alors, qu’est-ce que ton œil aiguisé imagine sur les murs ce bel endroit ? »

Puis, battant négligemment des pieds dans l’eau :

« Tu crois que Belphégor va nous laisser combien d’années de retard encore ? »



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Message  Sujet: Re: Keep calm and paint mermaids ▬ Andy
  Sam 18 Mai - 23:29

Une vaste esplanade couverte de néant. Une vaste esplanade vierge qui tendait ses bras pour qu’on la prenne, qu’on la caresse et qu’on la découvre. Comme une femme empreinte d’une timidité aussi vaste que la vastitude de sa blancheur. Elle attendait patiemment depuis une éternité qu’un homme la recouvre de son amour, la pénètre de sa création.

Andy fixait le mur, un doigt en L sous le menton. Il s’était plongé depuis près d’un quart d’heure dans une extrême contemplation de la surface vierge, les sourcils froncés, le dos droit et les articulations tendues. Andy faisait toujours ça lorsqu’il était confronté à un mur vierge. Ca n’avait strictement rien n’a voir avec son devoir d’artiste. Cela faisait plutôt parti d’une procédure complexe et intime à sa nature et à sa conception de l’Art : il devait être proche de la création, il devait se comporter comme un artiste, il devait se sentir inspiré devant n’importe quelle surface susceptible d’être investie.

Andy prenait son rôle très au sérieux. Après toutes ses années passées à se convaincre lui même de sa qualité de créatif investi, il n’avait plus besoins de faire beaucoup d’efforts pour parvenir à se glisser derrière son masque. Il était clair que sous son étrange coupe de cheveux art pop imposée courraient un tas de projets explosifs. Aucun n’était acceptable, aucun n’était beau, tous frôlaient la légendaire laideur du paroxysme apocalypse. Pourtant, Andy était absolument convaincu de maîtriser la situation.

Il était descendu une vingtaine de minutes auparavant, les bras chargés de feuilles volantes sur lesquels avaient été esquissés à l’extrême va-vite une panoplie de croquis insondables, digne d’une reproduction de Klimt mélangé à un infâme graffiti de banlieu. Le dessin ne ressemblait pas à grand chose de connu et pendant un bref instant, même Andy parut douter de son sens de lecture. Il reprit rapidement contenance en pliant la feuille et en la glissant dans sa poche arrière.

- Hum… » Lâcha t-il, pensif (il s’était dit qu’un léger bruit de gorge pensif renforcerait l’intensité de son interrogation.) Il recula de quelques pas mesurés pour mesurer dans toute son ampleur la dimension du mur qui le surplombait largement, dédaignant le bassin insondable qui s’enfonçait profondément dans les tréfonds de la terre juste derrière lui. « Je me disais, tu vois… » Andy tandis le bras pour prendre des mesures –un doigt tendu, un œil fermé invisible derrière ses lunettes fumés, un geste passablement inutile mais qui augmentait son charisme de six.- « Je vois bien une frise… Quelque chose comme un mélange de COBRA et d’un reste de style affichiste… Comme pour ouvrir une nouvelle dimension et renforcer la profondeur du lieux… Dans des teintes vase tu vois, avec du jaune, du vert, du marron. J’imagine un crépit. Il faut de la matière, du relief, de l’expressivité, quelque chose de GRAND, de FORT, de PUISSANT, voilà, de puissant, c’est exactement ça. D’insondable et de profond, je sens que ça vient, attend, ce serait à la fois brut et néo-classique, avec un Jésus en croix juste ici… » Andy cessa de faire de grands gestes inutiles avec ses mains et redirigea sa condescendance d’Artiste sur Styx. « Mais je parle et toi qui ne peux rien voir, ma pauvre. Bon, dis toi juste que ça va être transcandant. »

Sans autre forme de procès, Andy prit place près de la jeune fille et replia ses jambes pour ne pas toucher l’eau. Il faisait son possible pour discerner où il mettait les pieds, l’espace étant relativement sombre et ses verres relativement épais, mais un certain standing l’obligeant à ne pas se défaire de son principal accessoire, il s’appuyait sur sa connaissance de l’endroit pour se déplacer avec le plus de naturel possible. Lentement, il pencha la tête vers la profondeur des eaux et repoussa très légèrement ses lunettes sur son nez pour jeter un coup d’œil par dessus. Il frissonna.

- Je t’apprendrais, chéri, qu’on ne force pas un artiste à la création, l’inspiration ne tombe pas du ciel comme ça. J’ai besoins d’être dans un certain état d’esprit pour pouvoir faire mon travail. Ergo, cette grande folle peut bien dire ce qu’elle veut, je m’en tamponne l’oreille avec une babouche. » Il renifla ostensiblement. « C’est vachement profond… Et vachement dégueulasse, aussi. C’est ballaud qu’on ne puisse pas la vider, je t’aurais refait un carrelage du tonnerre. J’ai des aptitudes de taré en céramique. »

Andy s’abima dans la contemplation du bassin quelques longues minutes. Les discussions commençaient toujours comme ça avec la belle et délicate Styx. En vérité, sa nature profonde le fascinait totalement.

- T’avais une conscience, avant ? » Du temps où Styx était encore un fleuve. « Je pense que les arbres ont une conscience. Je pense qu’ils nous insultent quand on les coupe. »
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Message  Sujet: Re: Keep calm and paint mermaids ▬ Andy
  Dim 19 Mai - 16:10

« Hum… »

Oh, ça allait commençait. Styx joignit les mains, l’œil brillant. C’était son moment préféré, le moment où Andy lui dévoilait sa vision des choses. Elle attendait toujours cet instant avec la même impatience fébrile que les enfants qui attendent le prochain passage du cirque dans leur village. Pas parce que Andy était comique, parce qu’il était génial. Elle le regarda faire quelques pas en arrière, lever la main, comme un funambule exécutant une chorégraphie parfaitement huilée et tout à fait époustouflante. Mais le meilleur restait à venir. Même si absolument tout chez cet être la fascinait, c’était bien sa façon de voir le monde qui remportait la palme d’or. En une éternité d’existence, elle n’avait jamais rencontré quelqu’un comme lui. Et même si elle se plaisait à dire, penser et croire que tous les êtres vivants étaient uniques dans leur manière d’être, Andy était clairement une licorne au milieu des poneys. Et quoi de plus magique qu’une licorne, je vous le demande. En fait, elle aurait aimé que ces travaux durent pour toujours, juste pour le plaisir de l’entendre encore changer d’avis et lui exposer son nouveau plan.

« Je vois bien une frise… Quelque chose comme un mélange de COBRA et d’un reste de style affichiste… Comme pour ouvrir une nouvelle dimension et renforcer la profondeur du lieux… Dans des teintes vase tu vois, avec du jaune, du vert, du marron. J’imagine un crépit. Il faut de la matière, du relief, de l’expressivité, quelque chose de GRAND, de FORT, de PUISSANT, voilà, de puissant, c’est exactement ça. D’insondable et de profond, je sens que ça vient, attend, ce serait à la fois brut et néo-classique, avec un Jésus en croix juste ici… » Avant de se retourner vers elle. « Mais je parle et toi qui ne peux rien voir, ma pauvre. Bon, dis toi juste que ça va être transcandant. »

Même sa condescendance la fascinait. Pas parce qu’elle aimait être prise de haut – même si ça ne la dérangeait pas vraiment en somme – mais uniquement parce qu’elle pensait qu’il avait raison. Elle avait beau fixer le mur et se remémorer ses paroles, elle avait du mal à y voir cette chose puissante qu’il ne cessait de lui décrire. Absorbée dans sa tentative d’imagination du mur une fois redécoré, elle écouta d’une oreille distraite Andy se plaindre de la DRH. Ça n’avait rien de vraiment exceptionnel ni de vraiment surprenant, aussi préféra-t-elle se concentrer sur le futur style affichiste mais sans oublier de sourire néanmoins à ses propos farfelus. Elle était d’ailleurs en train de se demander l’utilité de ce Jésus ici, puisqu’ils étaient déjà dans l’au-delà et que donc prier n’avait plus aucun sens – elle avait du mal à voir le côté artistique d’un homme cloué vivant sur une croix de bois – quand les paroles tout à fait scandaleuses de Andy attirèrent toute son attention.

« Comment ça dégueulasse ? Elle est sublime comme elle est ! Ce que tu vois là c’est l’œuvre de mère Nature et je pense qu’elle est aussi douée que toi pour la décoration. C’est une artiste incomprise elle aussi tu vois ; les humains arrachent ce qu’elle fait et le jettent à la poubelle, sans même en voir la beauté, et ce n’est qu’une fois qu’elle sera morte et enterrée sous une couche de béton qu’ils réaliseront son talent et s’arracheront à prix d’or sa moindre mauvaise herbe. » Styx adorait sa piscine si repoussante et personne pas même Andy n’aurait le droit d’en arracher les algues. Les tailler de façon artistique à la limite, mais rien de plus. Elle termina néanmoins sa tirade avec un sourire : « Même si je ne doute pas une seconde de tes compétences en céramique. »

Il pourrait toujours refaire le sol, si l’envie lui en disait. Ou créer des statues. Ou quoique ce soit de totalement fou et génial que son esprit perturbé lui proposerait. Mais pas touche au bassin.

« T’avais une conscience, avant ? Je pense que les arbres ont une conscience. Je pense qu’ils nous insultent quand on les coupe. »

Elle sourit à cette question posée soudainement mais en même temps de façon tellement habituelle. C’était toujours comme ça entre eux.

« Bien sûr. » Elle répondait sur le ton de la personne tout ce qu’il y a de plus sûre d’elle. Styx avait été un fleuve avant de se retrouver au Huis Clos. Elle le savait. Elle en était sûre. Elle en était entièrement et totalement persuadée. Et ce même si elle n’avouerait jamais que ses souvenirs de l’époque restaient totalement flous. « J’avais conscience de tout ce que j’abritais en moi, que ce soit des poissons ou des algues et ce sur toute ma longueur. Que quelqu’un me traverse, puise de mon eau ou navigue sur moi et je le savais. C’était une conscience immatérielle et en même temps beaucoup plus étendue que celle que j’aie aujourd’hui, dans ce corps. » La femme fixa ses mains, comme on fixe les barreaux d’une prison.

Mais elle n’aimait pas tellement se laisser aller à la mélancolie, aussi reprit-elle vivement.

« Par contre, pour les arbres je ne sais pas, je n’en étais pas un. Je pense que ma conscience est aussi dû au fait que j’étais une nymphe en plus d’un fleuve et même s’il existe de nombreuses nymphes qui sont également des arbres il en existe aussi beaucoup qui n’en sont pas. Tu vois ce que je veux dire ? Sans doute que ça doit dépendre de quel arbre tu coupes. » Elle agita à nouveau les pieds, s’amusant avec les algues entre ses orteils. « Même si tous sont vivants, bien sûr. »

Silencieuse quelques instants, elle tourna soudain un regard malicieux vers Andy.

« Mais du coup, si tu penses que les arbres ont une conscience, ça te fait rien de dessiner sur des feuilles de papier ou utiliser du crépit ou autre ? C’est un peu comme si tu faisais tes croquis sur des lamelles de peau, non ? »

Certes c’était un peu farfelu comme raisonnement, mais rien n’était simple et linéaire dans cet hôtel.



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Message  Sujet: Re: Keep calm and paint mermaids ▬ Andy
  Dim 19 Mai - 23:05

Une tradition picturale, à la frontière de l’obligeance. Au fond le bien et le mal s’étendaient au delà des limites psychique du monde. On en jugeait par les actes. On en jugeait par les conséquences. A ce postulat, on en convenait qu’un Art aussi éclectique que celui d’Andy se morfondait désormais et sans aucun doute dans les tréfonds des abysses damnés. Lui même l’aurait été s’il n’avait pas été garçon, sans doute, bien que son but, noble, et sa volonté désespéré de faire de quelque chose qui ne l’acceptait pas son bien le plus précieux fussent, en sois, une belle cause. Andrew imposait ses goûts aux autres. Andrew étalait sa subjectivité sur les moindres mètres carrés laissés à sa disposition ou, plus exactement, laissés sans surveillance. Mais Andrew jugeait si mal son travail qu’il en devenait outrageant de croiser la route d’une de ses œuvres, pour quiconque aurait eu le malheur de jouir au cours de sa vie d’une miette d’éducation artistique.

Après tout, ce n’était pas le cas d’Andrew lui-même. Sa culture a lui s’était faite en autodidacte, au fil de ses préférences. Préférences orientés par ses goûts. Goûts parfaitement déplorables.

En bref, un vaste échec dont il n’avait pas conscience.

Par ailleurs, il restait au Huis Clos comme sur la terre des gens assez éloignés de son monde pour ne pas saisir l’ampleur de la vacuité de son talent. De cet état de fait, Andrew en tirait deux choses : la certitude de bien faire, la conviction de faire de l’Art. Impressionner les gens était une sorte de tremplin confortable qui le consolait de ses échecs et surtout, la condition de vente de ses œuvres post-mortem lui donnait l’assurance nécessaire pour s’affirmer en tant que plasticien. Pour s’affirmer tout court.

Styx était sans doute l’un des meilleurs canalisateurs qu’Andy fréquenta depuis le funeste jour où il avait cassé sa pipe. Elle l’écoutait parler avec une sorte d’attention avide, comme s’il avait le pouvoir de lui enseigner les arcanes profondes et mystérieuses de la beauté subliminale. Ce qui, bien entendu, était absolument faux puisqu’Andy lui même n’avait jamais envisagé toucher réellement du doigt la possibilité de faire une œuvre. S’en convaincre ne suffisait pas, mais il n’avait jamais écouté ses professeurs de philosophie et s’en portait très bien comme ça. Ainsi donc, l’attention honnête que lui portait Styx lorsqu’il se lançait dans ses élucubrations théâtrales lui donnait comme un regain de pouvoir. Il se sentait utile, important, un peu impressionnant et surtout, détenteur d’une connaissance particulière qu’il était seul à pouvoir toucher du doigt. En un sens, c’était vrai. Absolument personne n’aurait pu se targuer de deviner ce qu’il prévoyait d’étaler sur le mur.

Quand Andy faisait de l’Art, il fallait le voir pour le croire.

A cet instant, il puisait son inspiration dans les tréfonds vaseux de la piscine. Il ignorait s’il s’agissait d’une sorte de reconstituions très bien pensée d’un marécage boueux ou simplement d’une sorte de mer intérieure tapissée d’algues. Il se fit la réflexion que l’eau de mer était bleue, pas verte. Mais ne l’ayant jamais vu de ses propres yeux, le doute persista.


- Mère nature fait du service après vente, sans déconner. » Il ne doutait pas un instant que la mère de tous les arbres et tous les pissenlits se soient investit aussi loin dans l’éducation des hommes, mais tout de même.
« Attends tu réalises ? Ca voudrait dire que même mort, on l’a éduqué, ta mère nature. » Il resta quelque instants pensif sur la conception de l’humanité que Styx portait à son jugement. Même s’il ne se sentait pas expressivement concerné par le sujet –Andrew était fermement urbain- l’écologie était selon lui un sujet prépondérant à aborder lorsqu’on faisait de l’Art.
« J’ai quand même vu des eaux plus propres que ça… » Marmonna t-il, assez peu convaincu.
« Quand il n’y aura plus d’herbe je me demande ce qu’ils fumerons. » Andrew se le demandait sincèrement.

Après tout, bien qu’il reconnut la supériorité de la Nature sur l’humanité et la création, il en avait lui même trop consommé pour se sentir aussi réceptif que Styx. Il n’avait jamais été de la flotte, lui, après tout.


- Non mais t’as raison, » concéda t-il.
« La Nature dans la création c’est au dessus de tout. Les couleurs complémentaire, tout ça, elle a même pas besoins de se poser la question. » Il y eu un silence.
« En fait, j’ai jamais vu la mer. » Lâche t-il comme s’il en avait honte.

Puis il lâcha un rire étrange.


- Une conscience immatérielle… Ca m’est arrivé une fois. J’étais défoncé, et il y avait cette grosse fille qui voulait absolument m'enlever mon pantalon. C'est comme si je sortais de mon corps pour fuir l'horreur de l'instant. J'aurais vomi, autrement. » Il voulait dire qu’il avait consommé de la drogue. Il ne le cachait pas. Ca faisait partie du personnage, bien que n’ayant pas les moyens de s’en procurer il n’en avait consommé qu’à petite dose sous les bons soins d’initiateurs qui avaient vu en lui un client potentiel.
« Je savais pas, le truc des nymphes. Je voyais plus ça comme des genres de fées qui habiteraient dans les arbres. Si tu coupes l’arbre, elles en trouvent un autre. Il y a quand même plus délicat qu’un arbre pour personnifié une nymphe, quoi. » Cette constatation dérangeait son imaginaire. Il considéra Styx par son reflet quelques secondes et haussa un sourcil.
« Ce n’est pas une mort inutile », répliqua t-il, pragmatique.
« Ils servent une cause noble et supérieur. Au pire, mère Nature n’avait qu’à mieux gérer sa chaîne alimentaire. En leur donnant des jambes, par exemple. Ou juste la possibilité de mettre des droites. »

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Message  Sujet: Re: Keep calm and paint mermaids ▬ Andy
  Ven 24 Mai - 15:56

Styx était absolument sûre et certaine de tout ce qu'elle avançait. Depuis toujours – et allez savoir à quand remonte ce toujours – elle s'est sentie faire part de la Nature. Elle avait beau ne se souvenir de rien, ce dont elle se persuadait suffisait. Elle aurait même pu se targuer de parler en son nom si elle avait eu un ego un peu plus surdimensionné que l'actuel. Tout ça parce qu'elle était fleuve. Alors que, en vérité, tout ce qu'elle savait elle l'avait avant tout appris des livres de la bibliothèque. Quand votre premier souvenir se révèle être sous-terre, il est difficile de faire autrement pour parler d'océans ou de forêts. Il y avait bien quelques arbres au Huis Clos, dans le zoo notamment, mais est-ce que cela comblait vraiment sa mémoire creuse ? Non. Elle savait que quelque chose clochait. Il n'y avait ni vent dans les feuilles, ni sève grouillante sous leur écorce. Comme si tout était creux ici bas. Mort. Alors les livres avaient été sa seule façon de se souvenir, que ce soit le traité de géologie sous-marine ou l'étude du chêne japonais, tout y était pensé. Puisqu'elle n'en avait pas, elle s'était fabriquée une mémoire de toute pièce, bricolée à partir de morceau de savoirs lus ici, entendus là, vus ailleurs. Et franchement, pour quelqu'un d'aussi bancal, elle s'en tirait plutôt bien. La preuve, Andy la prenait tout à fait au sérieux. Mais bon, il fallait dire que Styx aussi le prenait au sérieux, malgré son Art déplorable qui aurait fait fuir n'importe qui doté d'yeux. Sans doute qu'il était un peu bancal lui aussi. Ça devait être pour ça qu'ils s'entendaient si bien : bancals tous les deux, chacun servait de béquille à l'autre.

La jeune femme l'écouta en souriant s'exclamer sur les capacités commerciales de mère Nature. Même si sa métaphore était un peu tirée par les cheveux, elle la trouvait assez juste et pas besoin d'avoir vécu sur Terre pour ça. Tout ce qu'elle savait de l'humanité, de la mondialisation, de la vie actuelle Styx l'avait appris par l'intermédiaire des pensionnaires. Des centaines de centaines d'années à écouter les nouveaux arrivés lui raconter leur histoire. Depuis le temps, elle pensait s'être fait une idée assez claire de la nature humaine de cette époque et était à peu près certaine de ne pas se tromper en affirmant qu'ils allaient annihiler toute forme de vie sur Terre et le regretter amèrement. Mais après tout, tant mieux, ça en ferait plus pour Huis Clos. Elle n'avait aucune raison de s'en plaindre, elle se plaisait juste à admirer leur stupidité sans borne.

« Elle est propre, ce que tu vois ce sont plein de petites plantes qui servent à la nettoyer. C'est sans aucun doute l'eau la plus propre de tout l’hôtel. » Ce qui n'était pas bien dur puisque c'était également la seule. « Et pour ce qui est de la drogue, j'ai cru comprendre qu'au fil du siècle vous avez développé de nouvelles drogues entièrement chimiques. Donc je suppose que sans herbe, vous vous rabattrez logiquement là dessus. »

« Vous » car Styx ne se sentait aucunement concernée. La drogue ce n'était pas vraiment son fort. Certes, elle avait déjà essayé et plusieurs fois, elle avait même tenté l'overdose. Mais ça ne l'avait pas convaincue plus que ça. Rien ne valait un bon plongeon dans le vide ou une baston sanglante dans le ring. La drogue c'était l'adrénaline des peureux et des flemmards, le sport des faibles. Et même si ça semblait beaucoup leurs plaire, à elle ça ne laissait qu'un goût fumeux sur la langue. Peut être qu'elle ressentait moins d'effets à cause de sa nature aqueuse ? Peut être. Au pire elle s'en fichait comme de son premier galet.

« Et encore, l’œil humain ne peut voir que très peu de couleurs, à peine trois. T'imagines si on en voyait seize, comme la crevette-mante ? »

Encore une connaissance inutile tirée d'un livre oublié. 200 pages dédiées uniquement à ce sublime animal qu'est la crevette-mante. Elle l'avait dévoré en quelques jours à peine. Mais là n'est pas le sujet. Andy venait de lui avouer qu'il n'avait jamais vu la mer. Styx aurait aimé pouvoir lui répondre que elle oui, avec une certitude absolue, mais elle ne s'en sentie pas capable. La mer était un sujet bien trop sérieux pour mentir à son sujet. La jeune femme avait beau avoir été fleuve et donc, en toute logique, avoir rejoint la mer elle n'en avait aucun souvenir. Elle n'était même pas sûre d'avoir rejoint la mer à dire vrai, puisque sa course se terminait directement aux Enfers. Peut être que elle non plus n'avait jamais vu la mer. Bizarrement, cette idée la terrifia. Elle posa une main réconfortante sur l'épaule de Andy.

« Non, les nymphes sont des arbres, des forêts ou des fleuves. Si tu coupes l'arbre, la nymphe meurt. Si on avait coupé ma source et asséché mon lit, je serais morte. C'est notre corps en quelque sorte, tu comprends ? Et puis je trouve ça très joli moi un arbre. Il y en a de très élégants. »

D'un autre côté, Styx avait cette fameuse tendance à tout trouver beau, donc ça n'avait rien d'étonnant à ce que les arbres n'échappent pas à la règle. Même l'Art de Andy était beau à ses yeux. C'était pour dire.

« Je pense que les hommes sont les chouchous de mère Nature tu vois et que c'est pour ça qu'ils peuvent faire autant de trucs. Sinon, ça ferait longtemps qu'ils auraient été exterminés. » Elle fit une pause, songeuse. « Peut être qu'elle aime les artistes aussi et que c'est pour ça qu'elle vous laisse faire des feuilles avec ses plantes. Comme ça vous pouvez dessiner et elle est contente. Ou un truc du genre. »

Elle trempa ses mains dans l'eau.

« T'as pas envie de te baigner ? »



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Message  Sujet: Re: Keep calm and paint mermaids ▬ Andy
  Mar 4 Juin - 23:29

A défaut d’être talentueux Andrew se sentait stable. A travers l’eau, il fixait un point sans signification avec un vague sourire, et depuis son arrivée au Huis Clos, s’en avait toujours été ainsi. Un grain incorruptible germait dans son cerveau bien avant déjà qu’il ne meurt, et en fait d’écorce, si elle avait creusé un peu, Styx aurait trouvé sans aucun doute un superbe spécimen. Genre champignon. Qui aurait élu domicile directement dans ses neurones. Elles ne se connectaient plus que d’une façon très personnelle, voilà, on pouvait se demander si, effectivement, l’artiste ne carburait pas aux hallucinations imposées. Un mauvais germe domiciliant dans son crâne auraient excusé bien des choses : son liquide amniotique définitivement nourrit des effluves du champignon ravageur, il n’aurait fait que traduire ce que lui dispensait son cerveau encombré en pensant y voir une réalité ineffable. Point s’en faut, Andy était juste taré.

Taré comme tous les garçons du Huis Clos. Mais avec plus de discrétion, peut être.

Il ne s’en rendait pas vraiment compte. On l’a dit, il avait un grain bien avant de mourir. Ca faisait parti du lot : en tant qu’artiste, il s’était rendu fou pour illustrer l’étiquette avec plus de véracité. Ça n’avait pas vraiment fonctionné mais il ne regrettait rien, c’était comme ça que ça devait être. Et puis honnêtement, lorsqu’il lui arrivait –c’était fréquent- de soulever sa paire de lunettes fumées qui le rendaient aveugle, pour jeter dans la direction de Styx un regard incriminant d’inquiétude, il ne lui serait jamais venu à l’idée de se pointer du doigt. Elle, était bancale. Lui était parfaitement saint, dieu merci.

Et c’était peut être cette constatation, cette considération très personnelle que personne en voyant le duo attablé face à la vase n’aurait pu partager, qu’Andy se sentait irrémédiablement responsable de la jeune femme. Dans tout sa splendeur, dans toute sa gracieuse beauté, Styx n’était rien d’autre que son propre ennemi, sa propre douleur. Andrew n’en revenait pas.

- … La crevette-mante, excuse moi ? » C’était un ton de reproche mesuré, qui cache tant bien que mal l’inconsistance de sa connaissance sur le sujet. Il n’avait jamais entendu un nom pareil nul part et n’aurait osé se targuer du contraire. Sauf si bien entendu, on le mettait aux pieds du mur, comme maintenant. « Ha oui, je connais bien. Nan mais en fait j’ai le même genre heu de vision. Avec beaucoup de. De couleurs, quoi. » Il ne savait lui même pas de quoi il parlait. « C’est pour ça que je me suis fais tej de partout, hé, les gens ne sont pas à ma portée. Ou l’inverse. »

Il se lève, époussète son pantalon d’un geste théâtrale coordonné comme un orchestre symphonique. « Je te la mettrais la ta nymphe hein, comme ça tu seras contente et on arrêtera d’avoir deux conversations en même temps. » Il désigne le mur d’un geste pâle de la main, une soudaine fatigue envahissante plombant ses épaules. Il y avait comme une rancœur sourde au fond de sa cage thoracique, enfoncé entre les os et grinçante comme un monstre grondant. Ca le triturait, cette histoire d’Art, il le réalisait un peu plus chaque jours qu’il passait à attendre le rien venir au fond du Huis Clos.

L’éternité, ça lui avait parut si court.

Maintenant, ça n’avait pas de fin.

- Et d’Arcy, elle aurait pu le défoncer, d’Arcy, pour la quantité de papier qu’il fait passer dans sa machine. » Rien de personnel. Brusquement, il se retourna vers Styx et la fixa intensément, les yeux invisibles derrière le verre épais. « Ose te flanquer à l’eau devant moi et je te mes la dérouillée de ta vie. » Vague d’inquiétude terrorisée sous le poids des sous-entendus. Elle s’était noyée bien trop de fois pour qu’Andy apprécie la proposition. Une paranoïa insipide, voilà ce que Styx lui avait soudé à l’âme. Il n’imaginait plus qu’elle ai pu lui faire une proposition dans les règles de l’Art et sans arrières pensées.

Andrew ne jouait plus.



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Je me sens DYNAMO
Avec un poil de sexe en plus.


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Keep calm and paint mermaids ▬ Andy

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