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 anything for the crown

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Messages : 47
Mort : une méchante petite balle dans le foie
Totem : un fume-cigarette en jade de 15 pouces

Message  Sujet: anything for the crown
  Mer 22 Mai - 18:04




primadonna girl

All I ever wanted was the world




NOMS : Agrippine Pernille Morin
PAYS : France
OCCUPATION : danseuse/chanteuse de cabaret
VIE : 12/06/1912 — 04/09/1943, Paris
MORT : une méchante petite balle dans le foie
ÂGES : trente-et-un ans — vingt-six ans
ANCIENNETÉ : soixante-dix ans environ
TOTEM : un fume-cigarette en jade de 15 pouces
JUGEMENT DERNIER : damnée



I know I got a big ego

I really don't know why is such a big deal, though



Agrippine est un ersatz de diva. Un peu comme Amanda Lear, tu vois.

get what I want 'cause I ask for it

not because I'm really that deserving of it



Dans la brume épaisse du Fumoir, Agrippine aperçoit souvent une petite fille aux cheveux hirsutes, mal peignés en deux couettes, les mains boueuses et la robe tâchée de cambouis. Quelle drôle d'enfant ! Elle reste là, stoïque, immobile, tranquille, le regard vissé sur l'inconnu. De temps en temps, elle chantonne en jouant maladroitement avec ses couettes, enroulant les mèches noires autour de son doigt sale. C'est à peine si on l'entend, tant le brouhaha du Fumoir étouffe les notes aiguës. Mais Agrippine tend l'oreille, et quand elle pense enfin reconnaître la ballade, une voix appelle la gamine au loin.

Quand en partant l’enfant la frôle, Agrippine croit saisir le parfum enivrant de Paris la nuit.


Paris, 1930
    « ▬ Tu as vu ? Le cabaret d’en face a fermé.
    Eh bien quoi ? C’est une bonne nouvelle, ça nous fait un concurrent en moins.
    Ah ! si seulement c'était aussi simple.
    Tu n’as pas à te faire de soucis, je suis sûre que tout va bien se passer. Regarde, Kiki vient d'être sacrée reine de Montmartre !
    Mon dieu, mais que tu es bête ! La Cigale et l’Olympia ont fermé ! Et ne parlons même pas du Moulin Rouge ! C’étaient les plus grandes salles de Paris ! Tu as vu ce soir, dis tu as vu ? Je n’ai jamais vu mon cabaret aussi vide ! Ah, Paris la nuit, c'est fini...
    Léon, mon chou, tant qu’il y aura des hommes et de l’alcool, Paris survivra.
    Peut-être.
    Puisque je te le dis !
    Mais pas toi.
    »


**


C'était en 1929, un an avant la Grande Dépression et exactement six mois avant le krach boursier de New-York. Paris dansait, Paris jazzait, Paris s'amusait, et si le jour les intellectuels et les artistes prenaient d'assaut les rives de la Seine, le soir c'était Montmartre le Roi. Au cabaret Les Oiseaux de Minuit, les filles agitaient leurs petits seins pointus et les hommes s'emballaient, le coeur léger. Les nuits n'avaient jamais été aussi belles, l'alcool aussi enivrant, les fêtes aussi fastes, l'extase aussi grande, et quand le rideau se levait, Agrippine s'éveillait. La voilà sur scène telle la Vénus sortant des eaux, la bouche rouge et les yeux fiévreux, sapée de bijoux, de plumes de paon et de luxe, s'agitant comme un serpent sous les lumières tamisées et l'effervescence du public. Oh, jamais ne s'était-elle sentie aussi épanouie, heureuse, vivante que criblée de lasers, merveilleux lasers, sublime lumière. Sa place était sur scène, elle le savait, elle en était la reine et c'était avec une patte de velours qu'elle entraînait le public dans sa cour. Elle chantait l'amour, le désespoir, les coquines et les vilains, en ondulant entre les tables, s'asseyait parfois sur les genoux d'un vieux monsieur un peu soûl pour taquiner sa vieille femme venue là un peu par hasard, puis partait laisser un baiser rouge sur le col de la chemise d'un autre, vider le verre d'un, et finissait par décoiffer les femmes plus belles qu'elle avant de repartir sur scène des rires d'enfant malicieux plein la gorge, et la grande impression d'avoir fait tourner le monde entier. Quand enfin Agrippine disparaissait derrière le rideau après une dernière révérence, bijoux et fleurs l'attendaient en loge, charmantes attentions envoyées par les plus vieux habitués et les bonnes gens ayant de l'argent à perdre. Et surtout, Léon Dubois, cigarette au coin des lèvres et fier comme pas un d'avoir dégoté un petit bijou dans la boue des rues sales de la capitale.

**


Quand Léon poussa la porte de son misérable appartement le soir du quatre septembre 1943, un long frisson parcourut son échine. Agrippine se releva de son sofa, et posa doucement son journal sur la table basse en bois, tout en remontant la bretelle de son négligé de soie. Égal à lui-même, Léon Dubois traversa la pièce d'un pas lent, jeta un coup d’œil méprisant au bordel ambiant puis finit par s’asseoir près de sa danseuse, l'air grave. Un long soupir s'échappa de ses lèvres fines, et le coeur d'Agrippine eut un raté. Elle était nerveuse, guettant le moindre frémissement de moustache qui pourrait l'aviser de l'humeur de son bonhomme. Oh non, recevoir une visite de Léon aussi tardivement n'était jamais bon signe ! A cette heure-ci, il aurait du être au cabaret, claquant le cul de ses poulettes alors qu'elles reviennaient de scène, toutes ivres d'insouciance et de frivolité. Agrippine aurait du faire partie de celles là, les petites midinettes qui chantent la romance et soignent les ivrognes, toutes de paillettes et de plumes. Quatre ans déjà qu'on l'avait relégué au rang de vieille. Quatre ans déjà que l'oiseau se mourait dans sa cage. « Tu dois comprendre, Agrippine, tu es trop vieille maintenant, le public demande la jeunesse ! ». Non, elle n'avait pas voulu comprendre, elle n'était pas vieille. Pas encore.

Ils restèrent quelques minutes silencieux, seul le tic-tac de l'horloge semblait leur rappeler que le monde vivait encore, dehors. Il soupira encore une fois, et attira Agrippine contre lui, la laissant poser sa lourde tête d'enfant contre son torse. Sa main se perdit dans la masse brune et bouclée. Doucement, le cœur d'Agrippine reprit une cadence normale, et elle ferma les yeux, bercée par ses caresses.

« ▬ Agrippine, mon Agrippine, ma chère Agrippine…
Tu m'as fait peur, tu sais.
Ma pauvre môme… »

Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait pas appelé sa môme. Elle avait compté; cela faisait exactement quatre ans, deux mois et dix-huit jours. Nonobstant la maigre joie qu'elle ressentait de se sentir si près de son amant, l'adjectif accouplé au possessif l'agaçait. Sa main sur sa hanche l'irritait.

« Tu me dois beaucoup, tu le sais ça, hein, Agrippine ? »

La question était rhétorique. Beaucoup était un doux euphémisme. Si elle devait formuler ça de manière concise, elle dirait qu’elle devait sa vie à Léon. Lui-même l’avait forgée dans la luxure et la paresse, faisant d’elle une parfaite personnalisation de l’oisiveté. Maudit Pygmalion, venait-il reprendre de droit ce qui lui appartenait ?

« Je t’ai sortie de la bauge dans laquelle tu croupissais, je t’ai montré le monde, le vrai ! Ta carrière, tes bijoux, tes vêtements, tes meubles, tes appartements et même tes sous-vêtements, je t’ai tout donné Agrippine, tout. Parce que je suis comme ça, moi, un type sympa, généreux, prêt à tout pour sauver la veuve et l’orphelin. »

Quand Léon, petite crapule des rues noires de Paris, et propriétaire du cabaret « Les oiseaux de Minuit », s’improvisait sauveur de ces dames, il valait mieux le laisser se complaire dans ses fantasmes et ne pas oublier le colt qui dormait contre sa hanche, à moins que l'on soit idiot. Agrippine était, hélas, d'une stupidité effarante, ou d'une sincérité épuisante.

« Justement, parlons en de l’appartement, parce que celui-ci est un peu limite, si tu vois ce… »

Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu'il empoigna brutalement son bras et la jeta par terre. Ses yeux lançaient des éclairs. Dieu, que Léon n'était pas beau quand il était furieux ! son strabisme était d'autant plus accentué, et sa lèvre supérieure brillait de sueur. Il se releva furieusement et sortit de son veston une petite enveloppe blanche, puis la lui jeta au visage.

« Tu m’entends Agrippine ? Je t’ai tout donné ! Et c’est comme ça que tu me remercies ? »

L’enveloppe contenait un billet pour New-York. Agrippine n’eut pas besoin de l’ouvrir pour le deviner, c’était elle-même qui avait acheté le billet. Un aller-simple pour New-York, et, elle en était persuadée, son salut certain. Maudit Pygmalion, oui, qui ne supportait pas voir sa création voler vers d’autres horizons. Tant bien que mal, la petite danseuse se releva, sa hanche la lançait, mais elle ne dit rien. Insouciante, tranquille, elle servit deux verres de Chartreuse, en donna un à Léon et enfin retourna s’asseoir sur son sofa. Paisiblement. Elle but une gorgée, et sa langue claqua contre son palais.

« ▬ On fouille dans mes affaires, maintenant ?
Tu m'y obliges, je me demandais pourquoi tu avais besoin d'une telle somme d'argent !
Ce n'est pas ce que tu crois ! »

1943, c’était la Seconde Guerre mondiale, les hommes n’avaient plus le cœur à danser et chanter ou bien n‘étaient-ils tout simplement plus là, elle avait trente-et un ans, les oiseaux de minuits piaillaient sans elle et se laissaient plumer par l’ennemi. Elle aurait voulu lui expliquer qu’elle cherchait seulement à relancer sa carrière, qu‘elle lui rendrait justement tout ce qu‘il lui avait donné, et que peut-être, il pourrait la rejoindre là-bas, et vivre heureux, se marier, faire un enfant ou deux - comme il l‘avait toujours souhaité -, mais le regard noir qu’il lui lança lui interdisait ces vaines justifications et rêveries enfantines. Elle soupira.

« ▬ Soit ! je ne quitterai pas Paris, si monseigneur le désire. Mais laisse moi encore un peu de temps ! Je te jure que je te rembourserai. »

Ils avaient beau être amants, Léon ne mélangeait pas vie privée et argent. Et puis, qu’on se le dise, il s’était entichée d’Agrippine plus par désespoir que par amour ; le pauvre n’était pas un homme bien fin, et souvent sa gaucherie faisaient fuir les éventuelles compagnes. Agrippine, tant qu’à elle, lui avait toujours voué une adoration sans faille - le grand le bon le beau Léon, de dix ans son aîné, qui la sortit de sa misère et l’arracha à sa triste besogne : laveuse de carreaux, quel merveilleux homme ! il n'avait pas eu besoin de se baisser pour la ramasser, elle était tombée dans ses bras -; hélas s’écailla-t-elle quand il la vira sans ménagement de son cabaret. Peut-être s’étaient-ils aimés un jour, derrière les rideaux de velours et sous le rire des badauds.

« ▬ Ah ! Je me demande bien comment !
Pitié, je t’assure que je vais retrouver du travail ! Oui, je peux encore danser et chanter…
Cinq ans, Agrippine. Cinq ans que je t’entretiens et que tu me promets des merveilles, cela fait déjà cinq ans que j’attend mon argent, je crois que j’ai été plus que, hm, patient, non ? Et puis fais toi une raison, poulette, tu es trop vieille pour rendre gaga les hommes, maintenant. Regarde toi, le cuissot mou, le bras flasque… non, non, non, tu as dépassé la date de péremption.
Oh, tu es odieux ! Je suis encore jeune ! Et belle ! »

Piquée à vif, elle l’arrosa de Chartreuse. Léon resta immobile, le visage gouttant d'alcool, les yeux fermés, les lèvres pincées et les sourcils froncés. Il semblait se contenir, réfléchir à sa prochaine action. Quand il rouvrit les yeux et essuya du revers de la main sa face toute trempée, Agrippine se terra au fond de son sofa et ne pipa mot, tremblante de peur. Il avait sorti son revolver et pointait le canon noir vers elle.

« Cinq ans, Agrippine. Je n’aime pas qu’on me prenne pour un idiot. »

C'était un très beau pistolet, dont le manche était serti de gravures en argent.

« ▬ Oh Léon, non, non ! Tu peux pas me faire ça, pas à moi ! Hein, allez Léon ! Tu peux pas faire ça à ton Agrippine, ton Agrippine chérie, tu peux pas, non non non…
On se reverra en Enfer, chérie. »

Et ce fut d’une suavité émétique que Léon appuya sur la gâchette, sa moustache noire tremblante d‘excitation. Alors que la balle traversait son foie, Agrippine remercia sa canaille de ne pas avoir visé son crâne; quelle tristesse si son délicat visage avait été touché ! Tant pis pour le négligé de soie blanche; c'était son préféré. Le sofa sera difficile à nettoyer, aussi. On se reverra en enfer. Il pouvait être sûr qu’elle l’y attendrait.


**


Agrippine avait toujours su qu'elle mourrait jeune.
C'était une affreuse certitude qui tremblait en elle depuis ses quinze ans, un impératif auquel elle ne pouvait se soustraire. Je ne serai jamais vieille. Les mains fripées de sa mère, Francine, frottant le linge au savon noir la déprimaient et les quelques poils noirs sur son menton la dégoûtaient. Pauvre petite maman, pensait-elle en serrant Francine dans ses bras, pauvre petite maman dont la jeunesse jamais ne s’embrasa, pauvre petite maman que la laideur du temps rattrapa trop vite. Il était hors de question qu’elle finisse ainsi. Telle mère, telle fille ? Jamais ! Son père, Paul, lui au moins avait réussi une chose dans sa vie : laisser un beau cadavre. Du moins, Agrippine espérait. Allons bon, un éclat d’obus ne pouvait pas être si terrible. Si ? Oh, et qu’importe après tout, mort pour la patrie, c’était bien. Alors que mourir de vieillesse, mon dieu ! Quelle horreur. Quel Enfer. Elle imaginait la scène, son corps rachitique, ses os craquants et son corps marqués par les vices du temps enveloppés dans un linceul grisonnant comme ses cheveux. Pouah ! et puis c'était d'un banal. Agrippine ne décrépira pas, non. Elle mourra avant. Elle ne pensait pas si bien dire; ceci dit il aurait fallu qu'elle réfléchisse à comment. Le drame de sa vie résidait en ses piètres certitudes. Agrippine savait, mais ignorait souvent les moyens et pourquoi. Enfant, elle se savait promise à un avenir reluisant de perles, de dorures, de paillettes et autres coquetteries en tout genre dont elle raffolait déjà, un univers bien loin de la crasse dans laquelle sa mère et elle s‘enlisaient. Ça ne l'étonna pas lorsque Léon lui proposa de rentrer en tant que danseuse dans la troupe de son cabaret lorsqu'elle avait dix-sept ans. Tout lui avait semblé si naturel. Mais elle n'avait pas su pourquoi, ni comment. En y réfléchissant, plus âgée, les réponses s'imposèrent d'elle-même : elle l'avait voulu. C'était d'une simplicité enfantine ! ( par ailleurs, elle réalisa aussi n’être, au fond, qu’un monstre d’ambition et d’égocentrisme, ce qui ne lui fit ni chaud ni froid : au moins était-elle quelque chose ) Pour autant, avait-elle souhaité sa propre mort ? De manière incise, peut-être, dans sa peur viscérale des rides et des mentons poilus.



living life like i'm in a play

in the lime light i want to stay



Soixante-dix ans, est-ce que c'était long ? En quoi mesurait-on les jours, si jours il y avaient au Huit Clos, que l'on avait passé à attendre l'inespéré ? on ne les comptait plus; on les laissait défiler sous nos yeux, insaisissables comme l'inconnu, on les regardait s'entasser doucement les uns sur les autres sans penser à les ranger dans un coin de notre tête. On ne comptait pas ces jours, on les supportait. Du moins, on essayait. Jusqu'au jour où on oubliera de les compter.
Agrippine n'avait pas oublié.
    « ▬ Dites moi, mon garçon.
    ▬ Oui ?
    Cela fait combien de temps que je suis ici ?
    ▬ Bientôt soixante-dix ans, mademoiselle.
    Mmmh. Et vous n’avez pas reçu un certain Léon Dubois ?
    ▬ Hélas, nous ne pouvons pas vous révéler ce genre d’information. C’est confidentiel. »

**

Quand Agrippine se réveilla pour la dernière fois, ses premiers mots furent « l'enfant de putain !! »; elle crut un instant être encore vivante, et que son bonhomme, profitant de son sommeil, l'avait revendue à une maison close. Et tandis que le personnel s'agitait autour d'elle et lui expliquait sa nouvelle condition post-mortem, elle réalisa enfin être bel et bien morte. Agrippine se demanda alors si le sofa pouvait être récupérable; sa mère l'aimait beaucoup. Oui, il serait très beau dans l'appartement de son enfance, juste à côté de la cheminée et sa petite maman tendrement lovée contre les accoudoirs, tricotant des chaussettes en laine pour les petits-enfants qu’elle n’aura jamais.

Peut-être les premières années furent difficiles ; personne n'attendait son entrée sur scène de ce côté-ci, amer écho de ce qu'avait été ses derniers jours sur Terre, et quand elle aperçut pour la première fois son reflet dans la glace, elle pleura, oui. Hadès avait été bien trop cruel avec elle lors de son jugement ! en conteste les ridules au coin de ses yeux. On lui avait dit « mademoiselle, officiellement, vous avez retrouvé l'apparence d'une jeune fille de vingt-six ans ». Pourquoi paraissait-elle en avoir sept de plus ? Quel mal avait-elle fait ? C'était Léon qui l'avait assassinée ! lui seul devrait être puni. ( De temps en temps, elle envoie des lettres de réclamations à Rhadamanthe et à Hadès, auquelles ils ne répondent jamais. Si au début ses messagers étaient empreints de la plus grande conviction, maintenant n'ont-ils qu'un âpre goût d'habitude. ) Tout l’agaçait dans ce sinistre hôtel ; le personnel incompétent, les tapisseries moisies, l’engourdissement dans lequel tout l’hôtel semblait stagner, les gens mornes et désespérément, comment dire, morts ! Et puis, quelle étrange Enfer ! Agrippine avait en tête quelque chose de plus dantesque, du genre des flammes léchant les parois rocailleuses et un Sisyphe traînant son rocher dans un coin, bref. Un véritable Enfer. Voilà qu’on brisait ses convictions religieuses.

Oh, de toutes façons, elle n’avait jamais été une bonne croyante.
Puis la Mort, c’est comme tout, au final. On finit par s’habituer.

Alors Agrippine s’habitue et finit par aimer le bois rance des meubles, les colonnes en marbres fissurées qui longent les couloirs et les dorures sans éclats des poignets de portes. Peut-être retrouve-telle un peu le faste de Paris la nuit dans les coins sombres, peut-être que l’Enfer sera sa nouvelle scène, peut-être les pensionnaires deviendront son public adoré, peut-être regagne-t-elle un peu de son optimisme exaspérant et de sa frivolité tranquille. Il faut bien qu'elle s'occupe en attendant Léon. C’est dans son sang, elle mourra sur scène.

**


Elle a la mort facile Agrippine, tout autant que ses sourires fiévreux qui s‘enlisent dans des draps sous lesquels on ne peut plus dormir. Ses rires enfantins longent les murs du Huit-Clos et ses œillades mutines glissent le long des silhouettes de satin, comme du velours sur un parterre d’asphalte brûlant comme l’Enfer. Les bras en croix, son corps vacillant et ses petits seins blancs qui s’étalent sur un matelas d’indifférence, elle s’abandonne avec tant d’indolence dans les bras grondants de son plus furieux amant ; l’effervescence. Les voilà réunies dans l’état le plus immuable; la Mort. Parfait ! On l’aperçoit souvent au détour d’un couloir, balançant ses hanches rondes et sa tête d’enfant trop vieux au rythme de ses envies de diva navrante.

Ainsi sa mort n'est que la continuité de ce qu'elle avait fait de son existence. Agrippine continue à charmer les uns, agacer les autres, et promener sa voix fantomatique le long des couloirs, laissant quelques plumes rouges sur son passage, éternellement coincée dans son univers frivole et oisif. Sa vie avait été belle, sa mort se devait de l'être aussi.

Et quand elle aperçoit son reflet ingrat, elle soupire et retourne à ses frasques. Inévitablement.




You say that I'm kinda difficult

But it's always someone else's fault



¬ Comment t'es tu retrouvé dans ce huis clos ? scutz schutl raaaaaah papa schultz voilà !
¬ Quelles sont les trois choses vivantes ou inanimées que tu emmènerais sur une île déserte ? de la bière de la bière et de la bière.
¬ Artiste/groupe, couleur et plat préférés : Gainsbourg, caca d'oie, la chair fraîche d'un bébé.
¬ Une chanson que tu aimes en remplaçant un mot par vasectomie : Sarah - la vasectomie qui est dans mon lit.
¬ Une critique constructive sur Huis Clos ? ça manque de vie tout ça. Ohohoh. Que je suis drôle !
¬ Pourquoi selon-vous les « ouvertures faciles » ne sont-elles pas faciles ? je ne sais pas, mais j'ai des ciseaux.







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Mort : Vieillesse.

Message  Sujet: Re: anything for the crown
  Mer 22 Mai - 22:53

Bienvenue au Huis Clos !
Hé mais c'est une très belle fiche que tu nous fais lire là.
Je te laisse la compléter.

HUIS CLOS HÔTEL
Bienvenue au Huis Clos.
Nous vous remercions d'avoir choisi de séjourner parmi nous.
Votre totem et votre clef de chambre vous ont été remis. Il vous est recommandé de les garder en votre possession à tout moment. Et si vous avez besoin de quoi que ce soit de terrestre, il est désormais trop tard.

Après examen de vos actions parmi les vivants, le tribunal a pris la décision de vous damner.
Le motif de votre condamnation est que vous soyez, d'après vos propres termes, « un monstre d’ambition et d’égocentrisme ».
Votre châtiment sera quelques rides, plus ou moins prononcés.

Nous vous encourageons à aller à la rencontre d'autres Pensionnaires, et espérons que leur fréquentation vous sera profitable.
Le personnel de l'Hôtel demeure bien évidemment à votre disposition, et se joint à moi pour vous souhaiter une bonne éternité.

Sincèrement,
La Direction.
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Mort : une méchante petite balle dans le foie
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Message  Sujet: Re: anything for the crown
  Jeu 23 Mai - 3:55

AHAHAHA.
je le voyais venir de loin, ce châtiment.


btw, fiche complète ! ( je crois ? )

edit : mea culpa pour la confusion entre le juge radis et le morveux ! corrigé.



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Mort : 1924, Madrid, asphyxie.
Fonction : médecin (ah bon)

Message  Sujet: Re: anything for the crown
  Jeu 23 Mai - 4:59

Ce jugement et cette fiche sont parfaits.
(Je valide à pas d'heure ah bon ??)
BON JEU MA CHIRIE.

Ps : c'est ce morveux d'Hadès qui choisit les châtiments.
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Message  Sujet: Re: anything for the crown
 

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anything for the crown

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