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 Mange donc du papier •• LIBRE

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Messages : 9
Mort : Assassinat camouflé en accident.
Fonction : Secrétaire du directeur.

Message  Sujet: Mange donc du papier •• LIBRE
  Mar 11 Juin - 22:37



TON ÉTOURDERIE
ET TON ABSURDITÉ
TE PENDRONT HAUT ET COURT



Une catastrophe. Voilà ce qui est en train de se produire : une véritable catastrophe.

D'Arcy était tranquillement assis à une table du lounge, tapant avec frénésie des phrases sans queue ni tête sur sa machine à écrire (la femme assise là-bas a un beau décolleté oh et ce monsieur danse comme un canard fouh pourquoi personne me parle ?). Il était concentré sur sa tache, s'appliquant dans l'art d'effleurer les touches de sa machine, quand la question lui frappa l'esprit.

Où avait-t-il rangé le compte-rendu sur l'étude des insatisfactions de l'exposition universelle ?

Il s'était brusquement levé et était sorti au triple-galop, puis était revenu cinq minutes plus tard récupérer sa machine à écrire qu'il avait momentanément oublié (quel étourdi !) et avait de nouveau disparu. Il avait couru de droite à gauche, de la réception à la galerie des glaces, de la salle tv au gueuloir, et il avait même fouillé les différents recoins du Tartare malgré sa réticence vis-à-vis de ce lieu.

Mais son dossier était resté introuvable. Son précieux dossier. Qu'allait dire le directeur en apprenant ça !

C'est à ce moment qu'on retrouve notre cher D'Arcy. Assis dans un fauteuil à rayures de la salle tv, il remémore ses derniers trajets afin de trouver un indice sur l'endroit où il a pu laisser traîner ce dossier. Il était d'abord allé dans la bibliothèque, histoire de se retrouver dans un lieu calme propice au travail afin d'avancer dans son dernier rapport (il n'avait rien écrit), puis il était passé en coup de vent à la réception et en avait profité pour papoter un peu (il s'ennuyait). Après il était monté dans le denfert et avait attendu une éternité avant qu'il n'arrive enfin devant la porte du fumoir (il a toujours aimé prendre l’ascenseur).

Et là-bas, là-bas, qu'avait-il fait ? Il avait discuté (encore), il en était certain. Mais avec qui ? Et de quoi ? Ce n'était pas une histoire de débat sur la nuance de blanc du gueuloir ? Aucune importance. Il était allé dans le fumoir et il donnerait sa main à couper qu'il avait perdu son dossier dans le brouillard.

Oui voilà : le fumoir.

Rajustant le col de sa chemise, il file dans les couloirs de son habituel train pressé. À l'intérieur du fumoir, le brouillard est toujours aussi opaque : D'Arcy n'y voit strictement rien. Ronchonnant intérieurement, il tâtonne autour de lui à la recherche de son dossier. Mais tout ce qu'il touche n'a rien à voir avec des feuilles de papier reliées : le velours d'un fauteuil, l'acajou d'une table, le papier peint d'un mur. Puis, oh ! du tissu, des épaules, un cou, un visage ! C'est sur le visage de quelqu'un que D'Arcy colle ses mains.

– Bonjour ! lance-t-il d'un ton jovial.

Sans gêne aucune, il retire ses mains comme s'il était normal de les plaquer sur la tête de quelqu'un.

– Est-ce que vous n'auriez pas trouvé un dossier dans le fumoir, par hasard ? J'y suis passé un peu plus tôt et je suis sûr de l'avoir perdu ici.

Il n'a aucune idée de l'identité de la personne à qui il s'adresse. Tout ce qu'il voit à travers ses lunettes, ce sont les volutes de fumées parfum nicotine.

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Message  Sujet: Re: Mange donc du papier •• LIBRE
  Lun 8 Juil - 13:30

all the day and all of the night
Aires regardait la fumée d’un air absorbé.
Il était venu là avec la presque certitude d’être seul. Sans doute y aurait-il Sputnik dans un coin mais, avec toute la fumée, il lui serait aisé de passer inaperçu. Quant aux autres il suffirait de les ignorer. C’était ce qu’il faisait le mieux, après tout, songea-t-il en se calant plus confortablement sur son dossier. Ignorer et massacrer consciencieusement les autres. Ça l’occupait, ça l’empêchait de rêver. C’était le mieux à faire. Pourtant, il se sentait fatigué. L’épuisement s’était glissé vicieusement en lui et il ne s’en était rendu compte que dernièrement. Une lassitude et un désintérêt intenses avaient procédé à l’invasion méthodique de chaque pouce de son corps. Il avait juste arrêté de lutter. Ça n’en valait pas la peine, après tout. Rien n’en valait la peine. Il avait battu des cils, avait fait tourner machinalement entre ses doigts la petite croix qui ne quittait plus sa poche. Foutaises, que tout cela. Foutaises, même, que lui. Il avait sorti ses doigts, les avait fait craquer. Un, deux, trois. Rien ne se passait. Un, deux, trois, il en était soulagé.

Il inhala de la fumée à plein poumon, contrôla avec attention la toux qui avait tenté de le saisir. Le silence de la pièce était reposant et, s’il avait pu, peut-être aurait-il dormi, dans cette ambiance insupportable de barbecue raté et de fin du monde. Une ambiance qui lui convenait, en soi, pour le peu qu’il supportait la joie. Il ferma les yeux, un semblant apaisé. Il pouvait bien se permettre un peu de relâchement de temps en temps.

Lorsqu’il s’était sorti de sa torpeur des mains lui tâtonnaient dessus. Il avait banni le contact humain physique depuis des lustres déjà et cette brutale intrusion dans son espace privé avait fait ressortir toute sa colère rentrée. Lorsque les mains s’étaient collées sur son visage, il avait failli hurler, mais les mains étaient parties avant qu’il n’ait eu le temps de faire un geste. Il allait s’enquérir de façon musclé de l’identité de l’importun lorsqu’il prit la parole. À partir de là, il n’eut plus aucun doute sur qui était son interlocuteur. Ce n’était pas tant qu’Aires avait une mémoire phénoménale des voix ou même qu’il possédait le don très particulier de voir avec la fumée, non. C’était juste qu’Aires était là depuis longtemps et que D’Arcy avait été le premier des Garçons à attirer son attention.

— D’Arcy. Gamin. Retouche-moi la tronche avec tes sales pattes et je te refais le portrait.

Ce n’était pas les foudroyantes compétences de D’Arcy ou son aspect sérieux qui avait attiré l’attention d’Aires en premier lieu, loin s’en fallait. Ce qui l’avait intéressé chez le Garçon avait été avant tout son poste. Secrétaire du patron. Le meilleur moyen d’avoir des informations. De savoir qui, où, quand, pourquoi. Il l’avait observé un moment. Et puis il s’était rendu compte qu’en fait, il ne lui serait d’aucune utilité, tout comme la plupart des employés de l’endroit. Ils étaient tous fous, malades, inutiles. Aires n’arriverait rien à lui soutirer. Aires avait abandonné.

—T’es franchement un putain d’empoté. J’espère pour toi que c’est des documents importants et que tu te feras casser les dents. Ça t’apprendra. De toute façon, je l’ai pas vu, ton truc.

Il avait passé sa langue sur ses lèvres desséchées par la fumée et avait renversé la tête sur le dossier de son siège. Il n’avait pas pris la peine de se présenter : après tout peu importait qui il était. Il n’était pas certain que l’homme le recadre et ça l’arrangeait. Plus ou moins. Il se frotta l’épaule, subitement alerté par un détail de la situation auquel il n’avait précédemment pas prêté attention. Si le dossier contenait des documents importants, il avait peut-être une chance d’apprendre quelque chose sur l’endroit. C’était — peut-être — une occasion qu’il regretterait d’avoir manqué plus tard. Aires n’aimait pas le regret. Aires n’aimait pas l’espoir non plus. Aussi, il prit son ton le plus neutre avant de reprendre la parole, fouillant du regard la brume dans l’espoir d’entrapercevoir une ombre.

— Il contenait quoi, ton dossier, au juste ? Histoire de savoir si ça vaut la peine de t’aider à rattraper ton incompétence crasse.

Dans le silence ambiant, il avait fait craquer ses doigts. Ce n’était pas souvent qu’une occasion pareille se présentait. À vrai dire, depuis qu’il était là, ce n’était jamais arrivé.
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Mange donc du papier •• LIBRE

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