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 I fired two warning shots into his head. {Hadès}

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Messages : 32
Mort : Empalement après une chute
Totem : Un morceau de bandage souillé

Message  Sujet: I fired two warning shots into his head. {Hadès}
  Jeu 27 Juin - 15:04

Cinq ans. Ou quatre. Il n’en était toujours pas sûr. Cinq ou quatre ans, cela importait peu : depuis son arrivée que Joel n’osait pas s’approcher de sa propre tombe. Il brûlait d’envie de savoir ce qui s’était passé après sa mort, si sa sœur allait bien, et son père, le chat, le prêtre et même ses collègues. Savoir si l’autre avait survécu, où s’il le rejoindrait sous peu. Savoir s’il avait causé des ennuis à sa famille à cause de cet incident. Savoir si quelqu’un avait pris la peine d’aller à l’enterrement d’un meurtrier ; jeter un tout petit coup d’œil pourrait le soulager de tant de questions, pourtant l’appréhension l’en empêchait. Lâche, il l’était toujours. Mais après tout, n’était-ce pas normal d’avoir peur d’être déçu ? N’avait il pas été assez désappointé lorsqu’on lui avait annoncé qu’il n’y avait pas de Dieu à Huis Clos ? Pour en plus aller le châtier à cause de sa foi ? Pire qu’un nain qui aurait mangé de la soupe toute son enfance pour ne jamais prendre une seul centimètre.

Le noiraud traînassait une fois de plus dans le cimetière, parcourant d’un pas las les allées où semblaient pousser les petites stèles silencieuses. De jour en jour, elles devenaient plus nombreuses, et leurs nombres croissants ne cessaient de l’attrister. Bien entendu, on pouvait aisément se rendre compte du nombre grandissant de locataires en se promenant dans les couloirs de l’hôtel, mais pour lui ces tombes demeuraient beaucoup plus concrètes, moins étrangères. Dénuées de visage imperceptibles, ils pouvaient presque les différencier, elles.

A force d’errer sans chaussures, ses pieds étaient rougis par le froid. L’ironie, avoir froid alors que l’on est mort. Joel soupira et se baissa doucement pour s’asseoir dos à l’une des innombrables pierres, une au hasard au milieu du cimetière. Il ne savait même pas exactement où se trouvait la sienne. Même en évitant la partie où elle avait été vue la dernière fois, il retombait toujours dessus. A croire qu’elle le poursuivait.
Frictionnant d’une main ses orteils engourdis, l’homme tentait une fois de plus de ne penser à rien. Une activité singulière trouvée uniquement pour défier l’ennui, un peu comme toucher son nez avec sa langue ou dormir les yeux ouverts. Depuis le temps, les résultats n’avaient jamais été concluants. Les doutes, les souvenirs, les soucis lui revenaient toujours en mémoire. Le plus souvent des choses futiles, comme une comptine d’enfance, une tribune de journal atypique, son numéro d’assurance ou une scène de vieux dessin animé ; des fois même le mot ‘RIEN’, imprimé en lettre capitale dans son cerveau. Lorsque ces petites choses lui venaient en tête, il pensait moins aux vrais problèmes. Un remède au goût amer légèrement doux, un peu comme une glace pamplemousse-fraise. Le mélange préféré de sa sœur, dégoûtant aux yeux d’un enfant comme lui, à l’époque du moins. La vie avait pris une tout autre tournure à partir du moment où son enfance s’était achevée -aussi brusquement que sa propre vie. Joel recherchait sans doute ce côté enfantin chez ses cadets. Une vision du monde édulcorée, acide et pétillante : ce qui meure une fois que l’on devient adulte. On pourrait dire que pour lui, cette vision est vraiment morte.

Le voilà qui s’arrache un sourire, là, tout seul au milieu du cimetière. Un tout petit rictus ; même pas un soufflement de nez. Voilà ce qu’il recherchait dans cette thérapie étrange : un sourire. Un moment d’évasion de cet endroit glauque, une poignée de seconde à ne plus penser au trépas. A son trépas. Rire à des blagues franchement mauvaises, sans se dire, ‘oh, c’est vrai, je suis mort maintenant, ça ne sert plus à rien d’essayer’. Le genre de petit plaisir si vite troublé, particulièrement par l’arrivée de certaines personnes dans sa bulle. Oui, une bulle, de savon sans doute : irisée et délicate, flottant doucement dans l’air, captivante, presque poétique. Effleurez-là et pop !, elle vole en éclat savonneux. Elle meurt.
Le noiraud n’entendait plus rien, plongé dans sa cogitation creuse et sa légère surdité. Rien ne pouvait le perturber, du moins, c’est ce qu’on aurait dit en le voyant assit là, les genoux ramené contre son torse, la joue reposant sur ces derniers, les paupières à moitiés closes. Il était si absorbé qu’il ne réalisait toujours pas que, depuis le début de sa réflexion, la tombe contre lequel il s’était adossé était la sienne. Ni que quelqu’un d’autre avait débarqué dans le cimetière, d’ailleurs.



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